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  • : Slyeno : Elucubrations versatiles & caprices pop-musicaux.
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  • : Délires, hein?, conscients, incongrus d'un amateur érudit de (bon) son, adepte du mauvais goût, mythomane et pervers qui retourne sa veste à la première occasion; volubile au phrasé scabreux prenant des risques sans les assumer!

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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 18:15

En invitant les deux potes qui m’ont accompagné ce soir là, je savais que je ne vivrais pas une expérience de groupe intense. Mount Zion, c’est plutôt mon trip perso mais ma généreuse âme m’oblige toujours à vouloir ouvrir les yeux de mes amis proches et leur montrer combien ils stagnent dans une misère musicale sans nom. Bizarrement, ces ingrats ne me remercient jamais.

 

Quoiqu’il en soit, j’avais plutôt en moi la perspective d’une soirée branlette en solo qu’une soirée bière, pop-corn et Deepthroat entre amis. De fait, le premier de mes camarades, plutôt branché hip-hop de racaille, sort fumer un joint avant la fin du premier morceau, I built myself a metal bird, pour finalement passer la soirée à socialiser avec une bande de petits merdeux défoncés qui explosaient des vitres dans les alentours. Le second, pour qui le plaisir ultime à été de voir AC/DC au stade de France, est quant à lui parti rejoindre le premier dans les alentours du bar un peu après. J’étais seul dans la salle et c’était bien comme ça. Mais c’était sans compter sur un évènement pour le moins surprenant et agréable qui allait, parallèlement à cette expérience musicale cathartique, semer le trouble et la confusion dans mon esprit et dérégler mes sens. J’étais déjà hypnotisé…

 

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Je me souviens juste de son ombre, collée à mon visage, qui se détachait dans la lumière de la scène, dont les contours se floutaient quand la tension dramatique des compositions augmentaient et qui se redessinaient quand la musique se faisait de nouveau plus intime. Je n’ai jamais vu ses yeux mais dans les escalades d’adrénalines que mon corps subissait, tiraillé entre la guitare menaçante et les envolées de cordes, je n’en ai jamais vraiment eut besoin. No light is the true light. Elle était si près de moi et je ne savais même pas si elle était mignonne, elle accompagnait mes errances dans le labyrinthe des narrations complexes des canadiens. Et entre les chuchotements et la furie, elle m’offrait une partie d’elle même, plus ou moins volontairement. Nous n’étions plus que deux dans les volutes du Mont du Temple. Que ce soit ses cheveux à l’odeur d’ anonymat grise et cuivrée qui me caressaient la joue et qui me laissaient imaginer sa nuque nue si près de mes lèvres ou bien ses fesses admirablement rondes et tendres qui provoquaient en moi des afflux sanguins syncopés. Et dans cette arythmie frénétique, je me surprenais à fantasmer sur cette inconnue qui m’appartenait dorénavant, ainsi que tout cet expressionnisme musical qui était l’ alcôve de mes hallucinations charnelles; et qui, en pleine escalade de la mélodie, du volume, se retournerait et m’offrirait sa langue nappée de nicotine et chauffée au rhum blanc. Elle serait encore pétillante de bière et aurait ce goût doux-amer et grinçant qui me pénétrait les oreilles en cet instant précis.

 

Et au fur et à mesure que s’élevait devant moi ce mur du son clairsemé, en fragile équilibre, vibrant sous les assauts de ‘Piphany Rambler, un vertige me parcourait l’échine et son cul de velours recevait les légers coups de reins que je lui donnait en cadence, sur les saccades boiteuses de la section rythmique en lui chuchotant : « Lay in the fire a while ». Elle finit par s’agenouiller devant moi, en me tournant toujours le dos. J’y ai d’abord vu une invitation. Mais je savais aussi mon esprit embué par les arômes vénéneux des assemblages de paille et de plomb de One million died to make this sound. Je n’ai rien fait, mis à part me consacrer corps et âmes au reste du concert, tandis que ma sombre inconnue s’éclipse avant le rappel. Et pendant tout la durée de Microphones in the Trees, je reprenais doucement mes esprits, seul face à la musique.

 

En quittant la salle, j’ai pensé qu’après tout cette nana était peut-être juste bourrée, qu’elle se collait à moi parce qu’elle ne tenait plus debout, qu’elle s’est accroupie parce qu’elle se sentait mal et qu’elle est sortie vomir dehors ! Quand la magie Silver Mount Zion n’opère plus, la réalité est une dure alternative à affronter… Dommage, je lui aurais bien bouffé le cul !

Par Slyeno - Publié dans : Live
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Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /Mars /2010 21:24
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Il est des astres qui étincellent dans l'indifférence générale, perdus dans des constellations scintillantes pendant toute leur existence. Une de ces comètes invisibles s'est éteinte ce 17 mars  dans un hôpital de Nouvelle-Orléans. Laissant derrière lui un immense trou noir dans la sphère musicale, Alex Chilton à tenté de briller pendant 43 années dans la galaxie pop. Big Star a perdu sa lumière. 'Gimme a ticket for an aeroplane', escale chez les songwriters de génie et puis direction le bureau du grand patron, là haut, à côtés des corps célestes. Un retour à la case départ mais avec la reconnaissance et l'admiration de ses pairs cette fois.


Par Slyeno - Publié dans : Nécro
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Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /Fév /2010 21:40

Ou les losers magnifiques...

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Et en cette période du culte de l'individu, le loser reprend sa place. Ni héros, ni anti-héros, il se contente d'être et de chercher à savoir qui il est et pourquoi, tiraillé entre ses chagrins et ses inassouvissements, entre ses pulsions de mort et ses pulsions de vie. Son existence lui offre une palette d'activités s'étalant de l'apitoiement sur soi à la glande sur canapé... S'ensuit un condensé de colère primaire, inexpliquée, accumulée au fil des jours et des déroutes affectives. Il ravale une gorgée de bière tiède histoire d'y voir un peu plus clair. Il voue un culte aux séries télé et se fout éperdument que, finalement, les vrais losers sont les vrais artistes. Roky Erikson et Bukowski : pas vraiment des ambitieux dans l'âme. Le loser accepte sa condition et refuse systématiquement tout ce qui dépasse la portée de sa triste personne. Il se résigne et passe ses journées à cracher à la gueule du premier type qui réussi socialement parce que c'est forcément un imposteur.

Les Crystal Antlers de Johnny Bell font partie de ces gars qui portent de longs cheveux gras et des t-shirts trop courts aux imprimés délavés et qui jugent que l'instant présent est une finalité et non un bref passage vers un dessein plus clément, plus abouti et forcément jalonné de réussite. Oui, les gars de Crystal Antlers sont des paumés, avec de bonnes influences musicales de surcroit. A en juger leur son, ils ont baigné dans un psychédélisme lorgnant vers la vénéneuse côte Ouest de Love et la dépressive côte Est du Velvet. Résultat d'une fusion charnelle de la mélodie et du bruit, entre envolées vertigineuses et ivresse ulcérante, chaque seconde est un pur instant de maitrise musicale. Un clavier qui point dans une brume saumâtre persistante, des guitares fracassantes et confuses, une ligne de basse crépitante de sueur joutant avec cette cavalcade cardiaque qui fait exploser la tension rythmique. Mais pas question de vivre la tête dans les nuages, envapé dans la fumette. Un loser magnifique, conscient de sa condition, se définit entre la dépression chronique et l'insatisfaction perpétuelle. Frayeurs et frustrations...

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Et c'est là que ces petits gars sont vachement fortiches. Parce que finalement, que ce soit par la tristesse la plus absolue ou l'inassouvissement le plus injuste, tout un chacun se retrouve dans leur musique, des hypersensibles aux éjaculateurs précoces. Plaintes désespérées, dans un halètement, maternel, nourri de frayeurs et siphonné dans un absolu qui se réduit peu à peu à néant, jusqu'à la déconnexion cérébrale : ne plus savoir pourquoi on gueule... Hurlements à force de s'arracher la tête à coups de giclées sur la moquette poussiéreuse à deux heures du matin devant un porno gonzo, à coup de blues neurasthénique qui vient vous saluer entre deux verres de picole. Vomissement de sentiments trop lourds à porter, trop lourds à digérer, trop lourds à oublier. Énergie abstraite trop intense que pour être contenue dans un corps réduit à l'état de matière. Je est un autre, Je va exploser, réverbérant un rayonnement aussi réconfortant que le cloisonnement fœtal, que l'étroitesse vaginale.

Dans un contexte où seule la décharge de fluide est un moyen d'expression satisfaisant, les larmes sont le suicide de l'abnégation, l'éjaculation le suicide de la libido. Que ce soit lors de la rupture ou de la jouissance, la désespoir est le même et s'inscrit dans un phantasme absolu, celui de se répandre sur le monde pour pouvoir se l'approprier. Cet album s'adresse à ces désespérés chroniques, ces pauvres âmes dont la vie ne se définit que par les extrêmes, à l'instant « t », et qui se glissent dans l'écho des éclats de voix de Johnny Bell, la boule dans le ventre à chaque écoute des pistes de l'album, le nœud dans la gorge à la fin du concert. C'est du bruit inconsidéré pour certains, c'est un hologramme de soi, une matérialisation du Ça pour les autres.

Amen!

MySpace.

En concert en avril à l'Ancienne Belgique
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Par Slyeno - Publié dans : Album
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 13:53
Festival de Dour, entre la théorie du chaos et la loi de Murphy. Il suffisait qu'une bande de clampins amènent leur réchaud à gaz pour leur premier festival et voilà qu'elle leur pète à la gueule. Bilan: deux brulés graves. Il suffisait que je choisisse d'y aller le lendemain, dans cette odeur anxiogène de souffre encore persistante pour qu'il pleuve à seau au moment de mon réveil, tandis que « Careless Whisper » de Georges Michael hurle dans mon radio-réveil à 6h pétantes! Tu parles d'un comble, j'avais juste envie de rester au fond de mon lit. La loi de l'emmerdement maximum donc...

 

Mais au delà de ce mauvais karma ambiant qui commençait à auréoler ma journée, je savais pertinemment bien que j'allais mettre les pieds dans la cour des miracles des festivals belges. Des filles à moustaches, des bonshommes de boue, des crêtes pourpres qui frétillent au son du breakcore,...tout ça dans un amas d'excréments hallucinogènes. Fear and loathing!

 

 

Et bien en fait, non! J'ai été assez scié par l'efficacité de l'organisation. Quinze minutes montre en main pour échanger mon précieux sésame agrémenté d'une dizaine d'euros pour me faire décorer le poignet du laisser passer pour une journée entière; dix minutes de plus pour trouver une clairière et installer notre bivouac. Fluidité, propreté,... Organisation quand tu nous tiens!

 

Premier groupe sur mon programme: Wash Out Test. Un gentil groupe de ska-punk west coast bien festif. Efficace et énervé juste ce qu'il faut et s'addonant à merveille au jeu de la cover improbable de Queen, risquée mais parfaitement maitrisée. Voilà qui me fait rester et rater Stuck In The Sound.

 

Premier temps mort. Rien de bien excitant jusque 18h, sieste du guerrier pour pouvoir assurer toute la soirée et toute la nuit. Je m'écroule dans ma tente sous les doux chants hargneux et alcoolisés de mes voisins de chambrée.

 

Réveil sur les chapeaux de roues, The Experimental Tropic Blues Band joue dans quelques instants. Ce qui est bien quand on part avec un gros a priori sur les « petits » groupes belges, c'est qu'on en ressort toujours gagnant. Soit en sachant qu'on avait raison de les snober jusque là, soit heureux de s'être fait retourner les oreilles violemment. Et c'est clairement ce qui s'est passé... Sur scène, deux connards majestueux, un frimeur qui joue au dandy distingué et une gueule de vicelard à la grosse voix de violeur d'enfants, dans le rôle des bluesmen déglingués et survoltés. De la cocaïne dans le whisky, la Louissianne passée à la râpe à fromage. Un set plus chargé sexuellement que Led Zep'. Pompon à poil sur scène. Un jack de guitare dans le cul. Une vraie explosion stoogienne. Le set terminé, j'ai plus qu'à me tirer de là et de m'asseoir sur mes esgourdes.

 

 

Remué, je file chez les Naïves New Beaters qui me font redescendre aussi sec! Une bande de branleurs consternants, suceur de hype au faux accent anglais à couper à la hache. Le nouveau boys band millésimé 2009. Je résiste... deux titres et je fuis.

 

J'ai plus qu'à attendre Bob Log III. Ça déménageait sec dans la petite maison dans la prairie. Costume doré direct from the Blue Oyster Bar, casque d'aviateur greffé sur la tête, une guitare plus vieille que Johnny Cash, deux pieds qui battent la mesure et voilà un hologramme cosmonaute de John Fogerty qui chante les zinzins de l'espace à la place de l'Iguane. Bob Log chante la poésie quotidienne, les nanas et l'alcool, dans un country blues décapant. Je rate malgré moi le final, deux paires de fesses sur les genoux de bon papa « Bob » qui durcit... le ton, mais je ne dois manquer sous aucun prétexte le prochain groupe qui passe au Club Circuit.

 

 

The Horrors et leur « Primarry Colours » que j'écoute en boucle en ce moment. J'attends, impatient, en me disant qu'ils ont intérêt à assurer parce qu'en ce moment, Crystal Castles me passe en dessous du nez. Et à cet instant précis, débarque une bande de freaks nonchalants, affreux épouvantails que Siouxie n'aurait pu renier comme étant les pires de ses déjections. De Robert Smith jusqu'aux Rasmus en passant par Brian Molko, ces gars là regroupaient les pires tares esthétiques de la musique populaire des vingt dernières années. Une bande de crétins coincés, des post-ados perturbés et immatures, incapables d'assurer leur propre balance son. Ils ne pouvaient pas avoir pondu cet album parfait, ce son totalement aboutit. Merci papa Geoff (Barrow des Portishead, à la production)! Et pourtant, ils maitrisent  leurs chansons, si bien qu'ils ont rejoué l'album note pour note ce soir là. Un mal pour un bien, ou inversement, c'est selon. Au lieu de profiter d'une relecture « live », on a profité d'une hifi grandeur nature. Trop lisse mais tellement puisant.

 

A la fin du concert, il me reste deux heures à tuer avant Aphex « God » Twin accompagné de Florian Hecker. Je voyage entre les différentes scènes. 5 Elements Of Hip Hop nous offre un aperçu encyclopédique de la culture hip hop, Jamie Lidell représentait la branche funk de chez Warp, Soldout portait haut l'étendard de l'electro-pop et Mr Vegas & The Thugz Band tissait une toile aux couleurs de la Jamaïque au dessus du public, pour le protéger de la pluie.

 

Minuit, l'heure du crime mais les bourreaux sont en retard. Une petite dizaine de minutes plus tard, ils prennent place , derrière un mur de matériel, enceintes, etc. Le public encaisse un set alternant boucles hypnotiques dansantes et pure folie expérimentale faite d'éclaboussures sonores et de coups de fouets auditifs. Une pluie de grêles sur les tympans. Une expérience totale vu la configuration du son, en dolby surround. Un bain de mercure grésillant noie le public sous les yeux des deux sorciers fous pendant une heure trente environs. L'égarement est général sur la plaine de la Last Arena.

 

Lessivé, j'ai erré plus d'une heure avant de me faire achever par Missil qui m'a broyé les rotules à coups de bpm (c'était ça ou se faire plomber la cervelle chez Venetian Snares). Une sauterelle sur un bâton de dynamite. Énergique derrière ses platines, elle à décapité la foule qui sursautait comme une poule sans tête, avec un set détonnant, éclectique et érudit.

 

 

Sur la fin, mon esprit divague et la fatigue accroche son enclume sous mes paupières, je voudrais m'endormir sur place, à même le sol comme si j'étais dans mon divan. Et c'est définitivement ce qu'est le festival de Dour, un festival où l'on se sent chez soi.

Par Slyeno - Publié dans : Live
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 17:25
« L'homme s'avance sur scène, la salle se tait. Dans cette grande silhouette ombrageuse dessinée sur la tenture du fond, éclairée de bleu, c'est une aura englobant tout un imaginaire collectif qui nous apparait. A travers ce halo grisé, sous le chapeau de feutre, c'est le Chelsea Hotel, le Famous Blue Raincoat, Marianne,... qui nous resurgissent du plus profond de nos fantasmes. »



En gros, voilà comment j'avais anticipé la rédaction de cet article. Voir Leonard Cohen, c'était pour moi découvrir le vestige d'une génération libre et créative, non pas par nécessité mais par envie. Mettre une enveloppe physique sur une des références indiscutables d'une époque révolue mais tellement magnifiée. Pas de passéisme mélancolique, juste avoir le privilège d'être le témoin d'un témoin. Malheureusement, la réalité fait parfois de la résistance et se construit bien loin de l'absolu qu'on avait élaboré dans nos rêves les plus fous...

Première Surprise à notre arrivée, à peine le temps de se désaltérer en pensant, de bonne foi, que tout les concerts commencent forcément en retard, on rate le premier titre. Il est 20h pétante, aucune faute de timing. Seconde surprise en rentrant dans la salle, pas d'amoncèlement chaotique dans le parterre, juste un ensemble de têtes alignées qui créaient, vu d'en haut, une sorte de tapisserie kitch aux motifs géométriques. Tandis que la lumière du jour filtre encore à travers les lucarnes de la toiture, j'estime, à proche de la retraite, la moyenne d'âge de l'audience; en comptant le nombre d'écrans de téléphones portables allumés, occupés à filmer le spectacle.

Ajoutez à cela, un orchestre bien peu enclins à faire ressortir l'authenticité des morceaux et qui donne l'impression d'animer un thé dansant, des applaudissements diplomatiques d'un public qui nous montre à chaque classique incontournable du répertoire qu'il est dépassé par sa propre génération; notamment sur The Partisan, une vague impulsion réanime l'audience qui fait preuve d'un patriotisme particulièrement zélé et soudain (il est de bon ton d'être patriotique au souvenir de la seconde guerre) tandis que la magnifique Suzanne traverse la salle, pieds nus, dans une presque indifférence déconcertante. Les biens-pensants ont probablement des priorités morales que les esthètes n'ont pas...

Et cette cruelle conclusion m'assena le crâne comme une massue. Je réalisai que dans cette configuration, j'avais devant moi le Mike Brant d'une ancienne génération bohème qui aurait un peu trop serré sa droite au fil des ans.

Mais dans cette ambiance aux relents de naphtaline mélassée, un élément brillait, intemporel. L'homme! Élégant, touchant, humble, authentique malgré quelques mises en scène forcées (chanter le genou à terre était devenu un geste un peu trop récurent tout au long de la soirée), polisson lorsqu'il sortait de scène en sautillant, manifestant un réel plaisir d'être là et enfin, maitrisant parfaitement sa voix. Bien que loin du registre dramatique de Songs Of Love And Hate, elle est souple et domptée. Douce, comme un fruit qu'on donnerait en offrande. Avec l'âge, le feu s'éteint, pas la foi, pas la voix. Son histoire est derrière lui, digérée, il nous la susurre et nous emmène dans cette valse virevoltante qui berça la salle plus de deux heures durant. On appelle ça «la voix de la sagesse»...
Par Slyeno - Publié dans : Live
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